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Arrêt expliquéPourvoi rejetéPublié au BulletinDroits, conflits et assurances

Le juge ne nomme pas d'administrateur si un syndic a été élu entre-temps

Pour nommer un administrateur provisoire faute de syndic, le juge vérifie ce manque le jour où il décide, et non le jour de la demande.

Expliqué par .

L'essentiel

  1. 01

    Pour nommer un administrateur provisoire faute de syndic, le président du tribunal judiciaire doit vérifier l'absence de syndic le jour où il décide, et non le jour de la demande. Cet administrateur est chargé notamment de convoquer une assemblée pour désigner un syndic.

  2. 02

    La Cour de cassation approuve la cour d'appel, pour qui une décision de l'assemblée générale s'impose tant qu'un juge n'en a pas prononcé l'annulation.

  3. 03

    Dans cette affaire, l'assemblée avait élu un syndic avant que le juge décide, et la nomination de l'administrateur provisoire devait donc être retirée. Le recours devant la Cour de cassation de la société qui avait demandé cet administrateur est rejeté.

Ce qui s'est passé

Dans une résidence en copropriété, le syndic bénévole annonce aux copropriétaires sa démission, qui prend effet le 13 juillet 2023. Le 13 juillet 2023, jour où cette démission prend effet, un autre copropriétaire convoque par lettre une assemblée générale pour le 12 août 2023, afin de désigner un syndic.

Le 20 juillet 2023, une société civile immobilière, elle aussi copropriétaire, demande au président du tribunal judiciaire de nommer un administrateur provisoire, au motif que la copropriété n'a pas de syndic. Le 12 août 2023, l'assemblée générale élit de nouveau l'ancien syndic bénévole, jusqu'au 11 août 2026.

Le président du tribunal judiciaire nomme un administrateur provisoire le 15 septembre 2023, en application de l'article 47 du décret du 17 mars 1967. Le 16 octobre 2023, il nomme un autre administrateur provisoire à la place du premier. Ce second administrateur a notamment pour mission de convoquer l'assemblée générale pour désigner un syndic.

Le syndic réélu et le copropriétaire qui avait convoqué l'assemblée attaquent alors la société en justice, pour faire retirer la décision du 16 octobre 2023. La cour d'appel de Pau leur donne raison le 11 septembre 2024, et retire cette décision. Pour elle, une décision de l'assemblée générale s'impose tant qu'un juge ne l'a pas annulée. La copropriété avait donc un syndic le 15 septembre 2023, le jour où le juge a nommé le premier administrateur provisoire, et encore le 16 octobre 2023.

La société conteste devant la Cour de cassation le retrait de la décision du 16 octobre 2023. Pour elle, le juge devait vérifier l'absence de syndic au jour où elle avait fait sa demande, et non au jour où il a décidé.

  1. 11 septembre 2024Cour d'appel de Pau

    Juge l'affaire en appel. Sa décision est contestée devant la Cour de cassation.

  2. 9 juillet 2026Cour de cassation, troisième chambre civile

    Rejette le pourvoi. La décision d'appel est maintenue.

La Cour de cassation ne rejuge pas les faits. Elle vérifie que les juges ont bien appliqué la loi.

Ce que la Cour a décidé

La règle à retenir

Quand on demande au président du tribunal judiciaire de nommer un administrateur provisoire parce que la copropriété n'a pas de syndic, ce juge doit vérifier cette absence le jour où il décide, et non le jour de la demande. L'élection d'un syndic par l'assemblée générale s'impose tant qu'un juge n'en a pas prononcé l'annulation.

La Cour de cassation rejette le recours de la société. La décision de la cour d'appel, qui retirait celle du 16 octobre 2023 nommant le second administrateur provisoire, est donc maintenue.

Selon l'article 47 du décret du 17 mars 1967, quand le syndicat des copropriétaires n'a pas de syndic, le président du tribunal judiciaire nomme un administrateur provisoire à la demande de tout intéressé. L'administrateur provisoire est chargé notamment de se faire remettre les références des comptes bancaires, les documents et les archives du syndicat des copropriétaires. Il doit aussi convoquer l'assemblée pour qu'elle désigne un syndic.

La Cour de cassation juge que le président du tribunal judiciaire doit vérifier l'absence de syndic le jour où il décide, et non le jour de la demande. Elle approuve aussi la cour d'appel, pour qui une décision de l'assemblée générale s'impose tant qu'un juge ne l'a pas annulée. Or l'assemblée du 12 août 2023 avait élu un syndic bénévole, et la copropriété avait donc un syndic le 15 septembre 2023, le jour où le juge a nommé le premier administrateur provisoire. La copropriété en avait encore un le 16 octobre 2023, quand le juge a remplacé cet administrateur par un autre. La cour d'appel a donc eu raison de juger que la décision du 16 octobre 2023, qui nommait le second administrateur provisoire, devait être retirée.

Un autre argument de la société est écarté sans explication détaillée, parce qu'il ne pouvait manifestement pas aboutir. La société est condamnée à payer les frais du procès, et 3 000 euros en tout à ceux qui l'avaient attaquée en justice.

Prenons un exemple

Noms et dates inventés

Madame Roux et l'administrateur provisoire des Acacias

Aux Acacias, une résidence en copropriété, le syndic bénévole vient de donner sa démission. Madame Roux, copropriétaire, s'inquiète de voir la résidence sans syndic.

  1. 1er marsLe syndic bénévole donne sa démission. Une assemblée est convoquée pour le 20 avril, afin d'élire un nouveau syndic.
  2. 10 marsMadame Roux demande au président du tribunal judiciaire de nommer un administrateur provisoire, puisque la résidence n'a plus de syndic.
  3. 20 avrilL'assemblée élit Monsieur Garnier comme syndic bénévole.
  4. 15 maiLe juge nomme un administrateur provisoire pour la résidence.
  5. JuinMonsieur Garnier demande au juge de retirer cette nomination.

Et après

Le juge devait regarder la situation au 15 mai, le jour où il a décidé, et non au 10 mars. Ce jour-là, la résidence avait un syndic élu le 20 avril, et aucun juge n'avait annulé cette élection. La nomination de l'administrateur provisoire doit donc être retirée.

Ce que cela change pour vous

Le copropriétaire

Si vous demandez un administrateur provisoire parce que la copropriété n'a plus de syndic, le juge vérifie cette absence le jour où il décide, et non le jour de votre demande. Si une assemblée élit un syndic avant que le juge décide, et qu'aucun juge n'a annulé cette élection, la condition d'absence de syndic n'est plus remplie.

Le syndic

Votre élection par l'assemblée générale s'impose tant qu'un juge ne l'a pas annulée. Si un administrateur provisoire est nommé après cette élection, au motif que la copropriété n'a pas de syndic, vous pouvez en demander le retrait, comme l'ont fait le syndic réélu et un copropriétaire dans cette affaire.

Le dossier de l'arrêt

Tout ce qui suit est recopié de l'arrêt ou calculé à partir de lui, sans réécriture.

Ce que la Cour a écrit

La Cour de cassation publie avec l'arrêt ce résumé de la règle qu'elle pose.

Lorsqu'il est saisi aux fins de désignation d'un administrateur provisoire sur le fondement de l'article 47, alinéa 1er, du décret n° 67-223 du 17 mars 1967, le président du tribunal judiciaire doit apprécier la condition tenant à l'absence de syndic au jour où il statue et non à la date de la requête

Le résumé officiel publié par la Cour avec l'arrêt

Les textes appliqués

Les sources

Fiche établie à partir des données de la DILA, réutilisées sous licence ouverte, mise à jour du 3 août 2026. Explication relue en septembre 2026.

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