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Arrêt expliquéDécision cassée en partieNon publié au BulletinVivre en copropriété

Même non publié, le règlement s'impose à l'acheteur qui l'a accepté dans son acte

Un règlement de copropriété non publié existe, et s'impose à l'acquéreur d'un lot dont l'acte montre qu'il le connaissait et l'acceptait.

Expliqué par .

L'essentiel

  1. 01

    La Cour de cassation juge qu'un règlement de copropriété existe même s'il n'a pas été publié au fichier immobilier, le registre public des immeubles.

  2. 02

    La publication n'est nécessaire que pour imposer le règlement de copropriété à ceux qui acquièrent un lot d'un copropriétaire.

  3. 03

    Même sans publication, le règlement de copropriété s'impose à celui qui acquiert un lot, si son acte d'acquisition montre qu'il le connaissait déjà et qu'il en a accepté les obligations.

  4. 04

    Dans cette affaire, la cour d'appel avait jugé que la copropriété n'avait pas de règlement, parce que le règlement enregistré en 1966 n'avait pas été publié dans les formes. La Cour de cassation casse en partie sa décision, et l'affaire sera jugée de nouveau.

Ce qui s'est passé

Dans un ensemble immobilier, un règlement de copropriété est enregistré le 30 mars 1966. Cet enregistrement n'est pas une publication, et le règlement n'est pas publié au fichier immobilier. Le 14 janvier 2000, une société civile immobilière y acquiert des lots. Son acte d'acquisition mentionne le règlement. Selon cet acte, la société a pris connaissance de toutes les clauses du règlement, et elle déclare accepter d'acquérir ses lots, qu'ils dépendent d'une copropriété ou d'un lotissement. L'acte signale aussi que le vendeur avait contesté la décision du tribunal du 30 avril 1997, qui constatait que l'ensemble relevait de la copropriété. L'ensemble relève du statut de la copropriété, selon une décision définitive d'une cour d'appel du 7 mars 2002.

Le 5 juin 2007, la société attaque en justice le syndicat des copropriétaires pour faire établir un règlement de copropriété, puisque le précédent n'a pas été publié. Elle demande ensuite l'annulation des assemblées générales tenues chaque année depuis. Un copropriétaire se joint au procès, et il demande au juge d'ordonner au syndicat des copropriétaires d'appeler les charges selon le règlement du 30 mars 1966. Il demande aussi à être indemnisé de ses préjudices.

Le 21 mars 2024, la cour d'appel d'Aix-en-Provence juge que la copropriété n'a pas de règlement. Pour elle, le règlement de 1966 n'a pas été publié selon les règles d'un décret du 14 octobre 1955. Elle ajoute que ce règlement ne s'impose pas à la société, parce que la contestation du vendeur, signalée dans l'acte, créait un doute sur les biens acquis. Selon elle, la société n'avait donc pas pleinement accepté l'organisation de la copropriété. La cour d'appel approuve à la place le règlement rédigé par l'expert désigné par le juge. Elle annule aussi des décisions de plusieurs assemblées générales, et elle rejette les demandes du copropriétaire. Elle refuse en revanche d'annuler une assemblée générale contestée par la société.

Les 2 recours formés contre cette décision sont joints, c'est-à-dire examinés ensemble par la Cour de cassation. Dans son recours, le copropriétaire soutient que l'absence de publication ne prive pas la copropriété de son règlement. Il ajoute que, d'après la cour d'appel elle-même, l'acte d'acquisition montrait que la société avait pris connaissance de toutes les clauses du règlement.

  1. 21 mars 2024Cour d'appel d'Aix-en-Provence

    Juge l'affaire en appel. Sa décision est contestée devant la Cour de cassation.

  2. 12 février 2026Cour de cassation, troisième chambre civile

    Casse en partie la décision d'appel.

  3. Cour d'appel d'Aix-en-Provence

    L'affaire y sera jugée de nouveau.

La Cour de cassation ne rejuge pas les faits. Elle vérifie que les juges ont bien appliqué la loi.

Ce que la Cour a décidé

Ce qu'il faut retenir

La Cour de cassation juge qu'un règlement de copropriété existe même s'il n'a pas été publié au fichier immobilier, et que cette publication n'est nécessaire que pour l'imposer à ceux qui acquièrent un lot d'un copropriétaire. Sans publication, le règlement de copropriété s'impose quand même à l'acquéreur dont l'acte d'acquisition montre qu'il le connaissait déjà et qu'il en a accepté les obligations.

La Cour de cassation casse en partie la décision de la cour d'appel. Seul reste jugé le refus de la cour d'appel d'annuler l'une des assemblées générales contestées par la société.

L'article 13 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit que le règlement de copropriété ne s'impose à ceux qui acquièrent un lot d'un copropriétaire qu'à partir de sa publication au fichier immobilier. L'article 4 du décret du 17 mars 1967 ajoute que, même non publié, le règlement s'impose à l'acquéreur dont l'acte constate expressément qu'il le connaissait déjà et qu'il en a accepté les obligations. La Cour en déduit que l'existence d'un règlement de copropriété ne dépend pas de sa publication. Sans publication, le règlement s'impose quand même à l'acquéreur, lorsque son acte d'acquisition montre qu'il le connaissait déjà et qu'il en a accepté les obligations.

La cour d'appel avait pourtant relevé que personne ne contestait qu'un notaire avait rédigé un règlement de copropriété les 28 février 1966 et 7 mai 1967. Elle avait aussi relevé que, d'après l'acte d'acquisition de la société, celle-ci avait pris connaissance de toutes les clauses de ce règlement. Dans cet acte, la société déclarait accepter d'acquérir ses lots, qu'ils dépendent d'une copropriété ou d'un lotissement. En jugeant malgré cela que la copropriété n'avait pas de règlement, et que celui de 1966 ne s'imposait pas à la société, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences de ses propres constatations. Elle a donc mal appliqué la loi.

Sur un point de procédure, la Cour constate que le recours du copropriétaire ne vaut plus contre une autre société, qui n'est pas celle qui a acquis les lots. Le copropriétaire ne lui avait pas signifié, c'est-à-dire remis officiellement, ses arguments écrits dans le délai prévu. L'affaire sera jugée de nouveau par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, avec d'autres juges.

Prenons un exemple

Noms et dates inventés

Madame Roux et le règlement non publié des Glycines

Aux Glycines, un notaire a rédigé le règlement de copropriété il y a longtemps, mais personne ne l'a publié au fichier immobilier. Ce règlement répartit les charges de l'ascenseur entre les lots.

  1. Mars 2021Madame Roux achète un appartement aux Glycines. Son acte d'achat indique qu'elle a pris connaissance du règlement de copropriété et qu'elle accepte les obligations qui en découlent.
  2. Janvier 2023Le syndic lui envoie un appel de charges de 480 euros, calculé selon le règlement. Madame Roux refuse de payer, parce que pour elle, un règlement qui n'a pas été publié n'existe pas.

Et après

Madame Roux se trompe. Le règlement de copropriété existe, même sans publication. Il s'impose à elle, parce que son acte d'achat montre qu'elle le connaissait et qu'elle en a accepté les obligations.

Ce que cela change pour vous

L'acheteur d'un lot

Au moment de signer votre acte d'achat, regardez ce qu'il dit du règlement de copropriété. Si l'acte montre que vous connaissiez ce règlement et que vous en avez accepté les obligations, ce règlement s'impose à vous, même s'il n'a pas été publié.

Le syndic et le conseil syndical

Ne concluez pas que la copropriété n'a pas de règlement au seul motif que celui-ci n'a pas été publié au fichier immobilier. Ce règlement existe quand même, et il s'impose à l'acquéreur dont l'acte montre qu'il le connaissait et qu'il en a accepté les obligations.

Le dossier de l'arrêt

Tout ce qui suit est recopié de l'arrêt ou calculé à partir de lui, sans réécriture.

Ce que la Cour a écrit

Cet arrêt n'est pas publié au Bulletin. La Cour de cassation n'en publie donc pas de résumé. Voici le passage de l'arrêt qui dit ce qu'elle juge.

Selon le second, le règlement de copropriété, l'état descriptif de division et les actes qui les ont modifiés, même s'ils n'ont pas été publiés au fichier immobilier, s'imposent à l'acquéreur ou au titulaire du droit s'il est expressément constaté aux actes conventionnels réalisant ou constatant le transfert de propriété d'un lot ou d'une fraction de lot, ou la constitution sur ces derniers d'un droit réel, qu'il en a eu préalablement connaissance et qu'il a adhéré aux obligations qui en résultent.

Paragraphe 11 de l'arrêt

Il en résulte, d'une part, que l'existence d'un règlement de copropriété n'est pas subordonnée à sa publication, laquelle n'est nécessaire que pour le rendre opposable aux ayants cause à titre particulier des copropriétaires, d'autre part, qu'en l'absence de publication, le règlement de copropriété est opposable à ces derniers lorsqu'il ressort de leur acte d'acquisition qu'ils en ont eu préalablement connaissance et qu'ils ont adhéré aux obligations en résultant.

Paragraphe 12 de l'arrêt

Les textes appliqués

Les sources

Fiche établie à partir des données de la DILA, réutilisées sous licence ouverte. Explication relue en septembre 2026.

Pour aller plus loin

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