Arrêt expliquéDécision cassée en partiePublié au BulletinDroits, conflits et assurances
Le règlement de copropriété ne suffit pas pour devenir propriétaire en 10 ans
Le règlement de copropriété ne transfère pas la propriété, il ne permet donc pas de devenir propriétaire d'un bien au bout de 10 ans.
Expliqué par Paul Jean-Marie-Désirée.
L'essentiel
- 01
Pour devenir propriétaire d'un bien immobilier au bout de 10 ans, il faut l'avoir acquis de bonne foi et par un acte capable de transférer la propriété s'il venait du vrai propriétaire.
- 02
Le règlement de copropriété n'est pas un acte qui transfère la propriété. Un copropriétaire ne peut donc pas s'appuyer sur ce règlement pour devenir propriétaire d'un bien au bout de 10 ans.
- 03
Un copropriétaire peut utiliser librement les parties communes, sans nuire aux droits des autres copropriétaires ni à l'usage auquel l'immeuble est destiné. Si son titre et le règlement de copropriété ne prévoient pas d'accès à une cour commune, cela ne suffit pas à l'en priver.
Ce qui s'est passé
Un immeuble en copropriété est accessible par 2 rues. Un couple est propriétaire du lot n° 3. Le règlement de copropriété prévoit que « l'acquéreur du second lot aura seul l'usage de la cour comprise en son lot ». Il ajoute que cet acquéreur pourra « disposer de ces constructions et cour comme il l'entendra à condition de ne pas nuire aux propriétaires des autres lots ». Les propriétaires du lot n° 2 ont l'usage des cours situées de part et d'autre de leur maison et derrière elle.
Les propriétaires du lot n° 3 reprochent aux autres copropriétaires d'avoir construit sans autorisation, en partie sur une cour commune, et en partie sur une cour dont les propriétaires du lot n° 2 n'ont que l'usage. Ils se disent aussi privés de l'accès à l'immeuble par l'une des 2 rues. Ils attaquent en justice les propriétaires des lots n° 1 et n° 2 ainsi que le syndicat des copropriétaires. Ils demandent la remise en état des lieux et la remise des clés d'un portail qui donne sur la rue.
Le 27 mars 2024, la cour d'appel de Paris juge que les propriétaires du lot n° 2 sont devenus, avec le temps, propriétaires de 2 constructions bâties sur les cours situées de part et d'autre de leur maison. Pour elle, cette clause du règlement de copropriété leur donne un juste titre, c'est-à-dire l'acte qui permet, avec la bonne foi, de devenir propriétaire au bout de 10 ans. Peu importe, selon elle, que leur acte de vente et le règlement ne désignent pas ces constructions.
La cour d'appel rejette aussi la demande de clés des propriétaires du lot n° 3. Elle relève que la cour qui mène au portail est une partie commune, et que seules les cours situées de part et d'autre du lot n° 2 et derrière lui sont réservées à l'usage de ce lot. Mais, selon elle, ni le règlement de copropriété ni le titre du lot n° 3 ne prévoient d'accès à cette cour pour ce lot.
Devant la Cour de cassation, les propriétaires du lot n° 3 soutiennent qu'un règlement de copropriété ne peut pas servir de juste titre. Ils ajoutent que seule une clause explicite du règlement de copropriété pourrait leur retirer le droit d'utiliser la cour commune.
- 27 mars 2024Cour d'appel de Paris
Juge l'affaire en appel. Sa décision est contestée devant la Cour de cassation.
- 18 décembre 2025Cour de cassation, troisième chambre civile
Casse en partie la décision d'appel.
- Cour d'appel de Paris
L'affaire y sera jugée de nouveau.
La Cour de cassation ne rejuge pas les faits. Elle vérifie que les juges ont bien appliqué la loi.
Ce que la Cour a décidé
La règle à retenir
Le règlement de copropriété ne transfère pas la propriété, et ne permet donc pas à un copropriétaire de devenir propriétaire d'un bien au bout de 10 ans. Un copropriétaire ne peut pas non plus être privé de l'accès à une partie commune au seul motif que son titre et le règlement de copropriété ne le prévoient pas.
La Cour de cassation casse en partie la décision de la cour d'appel de Paris.
Pour les constructions, l'article 2265 du code civil, dans sa version applicable à l'affaire, permettait de devenir propriétaire d'un bien immobilier au bout de 10 ans, si on l'avait acquis de bonne foi et par un juste titre. Le juste titre est un acte capable de transférer la propriété s'il venait du vrai propriétaire. Le règlement de copropriété ne transfère pas la propriété, il ne peut donc pas servir de juste titre. En retenant ce règlement comme juste titre, la cour d'appel a mal appliqué la loi.
Pour l'accès à la cour, la Cour de cassation rappelle que chaque copropriétaire peut utiliser librement les parties communes, à condition de ne nuire ni aux droits des autres copropriétaires ni à l'usage auquel l'immeuble est destiné. Les parties communes peuvent appartenir à tous les copropriétaires, ou à certains d'entre eux seulement. Dans ce second cas, on parle de parties communes spéciales. La cour d'appel ne pouvait pas refuser les clés au seul motif que le titre du lot n° 3 et le règlement de copropriété ne prévoient pas cet accès. Pour rejeter la demande, elle devait constater que, selon le règlement de copropriété, la cour et le portail forment une partie commune spéciale sur laquelle les propriétaires du lot n° 3 n'ont aucun droit.
Pour les constructions, la Cour de cassation applique l'article 2265 du code civil dans sa version antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008. Pour l'accès à la cour, elle applique les articles 3, 4 et 9 de la loi du 10 juillet 1965, l'article 4 de cette loi dans sa version antérieure à l'ordonnance n° 2019-1101 du 30 octobre 2019.
La décision de la cour d'appel est annulée sur la propriété des 2 constructions et sur le refus des clés. La condamnation des propriétaires du lot n° 3 à payer les frais du procès et 2 500 euros aux propriétaires du lot n° 2 est annulée aussi. Les autres points jugés par la cour d'appel ne changent pas. Les points annulés seront jugés de nouveau par d'autres juges de la cour d'appel de Paris.
Prenons un exemple
Madame Roux et la véranda des Acacias
Aux Acacias, le règlement de copropriété réserve à Madame Roux, propriétaire du lot n° 2, l'usage de la cour qui longe sa maison. Monsieur Blanc possède le lot n° 3. Une autre cour, partie commune, mène à un portail sur la rue.
- En 2008Madame Roux construit une véranda sur la cour dont elle a l'usage.
- En 2021Monsieur Blanc saisit le juge. Il conteste la véranda et demande la clé du portail, que le syndicat des copropriétaires ne lui a pas remise.
- Devant le jugeMadame Roux répond qu'elle est devenue propriétaire de la véranda au bout de 10 ans, grâce à la clause du règlement de copropriété.
- La décisionLe juge écarte cet argument. Le règlement de copropriété ne transfère pas la propriété, il ne peut donc pas servir à devenir propriétaire en 10 ans.
- Le même jourLe titre de Monsieur Blanc et le règlement de copropriété ne prévoient pas d'accès à la cour commune pour son lot. Ce silence ne suffit pas au juge pour lui refuser la clé.
Et après
Madame Roux ne peut pas compter sur le règlement de copropriété pour devenir propriétaire de la véranda au bout de 10 ans. Pour cela, il lui aurait fallu être de bonne foi et avoir un acte capable de lui transférer la propriété s'il venait du vrai propriétaire. Monsieur Blanc, lui, ne peut pas se voir refuser la clé pour le seul silence de son titre et du règlement.
Ce que cela change pour vous
Le copropriétaire qui a l'usage d'une cour
Si le règlement de copropriété vous réserve l'usage d'une cour, il ne vous en rend pas propriétaire. Vous ne pouvez pas vous appuyer sur ce règlement pour devenir propriétaire, au bout de 10 ans, des constructions bâties sur cette cour.
Le copropriétaire privé d'un accès
Chaque copropriétaire peut utiliser librement les parties communes, sans nuire aux droits des autres ni à l'usage auquel l'immeuble est destiné. Si votre titre et le règlement de copropriété ne prévoient pas d'accès à une cour commune, ce silence ne suffit pas à vous en priver.
Le syndic
Ne refusez pas à un copropriétaire l'accès à une partie commune au seul motif que son titre et le règlement de copropriété n'en parlent pas. Pour rejeter sa demande, le juge doit constater que le règlement de copropriété fait de cette partie une partie commune spéciale, qui n'appartient qu'à certains copropriétaires, et sur laquelle ce copropriétaire n'a aucun droit.
Le dossier de l'arrêt
Tout ce qui suit est recopié de l'arrêt ou calculé à partir de lui, sans réécriture.
Ce que la Cour a écrit
La Cour de cassation publie avec l'arrêt ce résumé de la règle qu'elle pose.
Le règlement de copropriété n'ayant pas de caractère translatif de propriété, il ne constitue pas un juste titre au sens de l'article 2265 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008
En statuant ainsi, alors que le règlement de copropriété, n'ayant pas de caractère translatif de propriété, ne constitue pas un juste titre, la cour d'appel a violé le texte susvisé.
Vu l'article 2265 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008
Vu les articles 3, 4, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance n° 2019-1101 du 30 octobre 2019
Les textes appliqués
- Article 2265 du code civilAu visa de l'arrêt↗
- Article 3 de la loi du 10 juillet 1965Au visa de l'arrêt↗
- Article 4 de la loi du 10 juillet 1965Au visa de l'arrêt↗
- Article 9 de la loi du 10 juillet 1965Au visa de l'arrêt↗
- Article 2272 du code civilCité dans l'arrêt↗
La Cour rapproche elle-même cet arrêt de ces décisions.
- 3e Civ., 5 octobre 1994, pourvoi n° 92-15.926, Bull. 1994, III, n° 167 (rejet)
- 3e Civ., 11 février 2015, pourvoi n° 13-24.770, Bull. 2015, III, n° 17 (cassation).
Les sources
- Le texte intégral de l'arrêt sur LégifranceCour de cassation, civile, Chambre civile 3, 18 décembre 2025, 24-15.759 24-15.828, Publié au bulletin↗
- L'article 2272 du code civil est modifié par la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, et cette version est en vigueur depuis le 19 juin 2008. Celui qui acquiert de bonne foi et par juste titre un immeuble en prescrit la propriété par 10 ans.Voir la source↗
- Depuis le 19 juin 2008, l'article 2265 du code civil porte sur la jonction des possessions, qui permet d'ajouter à sa possession celle de la personne dont on tient le bien.Voir la source↗
- L'article 4 de la loi du 10 juillet 1965 est modifié par l'ordonnance n° 2019-1101 du 30 octobre 2019, et cette version est en vigueur depuis le 1er juin 2020. Les parties communes sont l'objet d'une propriété indivise entre l'ensemble des copropriétaires ou certains d'entre eux seulement. Selon le cas, elles sont générales ou spéciales.Voir la source↗
Fiche établie à partir des données de la DILA, réutilisées sous licence ouverte, mise à jour du 12 janvier 2026. Explication relue en septembre 2026.
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