Arrêt expliquéDécision casséeNon publié au BulletinDroits, conflits et assurances
La copropriété répond des dégâts venus des parties communes, même sans faute
Avoir tout fait pour régler un dégât venu des parties communes ne libère pas le syndicat des copropriétaires de sa responsabilité.
Expliqué par Paul Jean-Marie-Désirée.
L'essentiel
- 01
Le syndicat des copropriétaires est responsable des dommages venus des parties communes et causés aux copropriétaires ou à d'autres personnes, même sans faute de sa part.
- 02
Selon la Cour de cassation, le syndicat des copropriétaires n'y échappe qu'en prouvant une force majeure, c'est-à-dire un événement imprévisible et impossible à empêcher, ou une faute de la victime ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
- 03
Dans cette affaire, le tribunal de proximité avait notamment retenu, pour rejeter la demande, que le syndicat des copropriétaires avait tout fait pour régler les problèmes, sans retard fautif ni négligence. La Cour de cassation juge que les raisons du tribunal ne suffisent pas à dégager le syndicat des copropriétaires de sa responsabilité.
- 04
Le tribunal de proximité n'a pas recherché, alors que cela lui était demandé, si les dommages venaient des parties communes. Son jugement est annulé, et l'affaire sera jugée de nouveau par le tribunal judiciaire de Créteil.
Ce qui s'est passé
Une société civile immobilière achète la loge de gardien d'un immeuble en copropriété, pour la louer. Au printemps 2022, elle subit des dégâts des eaux. Elle saisit le tribunal de proximité de Nogent-sur-Marne pour être indemnisée de ses préjudices par le syndicat des copropriétaires.
Le 18 décembre 2023, le tribunal rejette ses demandes. Ce jugement est rendu en dernier ressort, c'est-à-dire sans appel possible. Pour le tribunal, la société connaissait l'état de l'immeuble et ses risques quand elle a acheté la loge. Il retient aussi que le syndicat des copropriétaires a tout fait pour régler les problèmes nés des nombreux dégâts des eaux et du remplacement nécessaire d'une partie de la colonne montante, la canalisation verticale qui dessert les étages. Selon lui, les litiges liés aux dégâts des eaux ont été traités sans retard fautif ni négligence. Il ajoute que leurs délais de traitement, connus pour être longs, ne peuvent pas être reprochés au syndicat des copropriétaires. Il juge enfin qu'une facture du 13 juin 2022, dont la société demande le remboursement, résulte de sa propre imprudence.
La société conteste ce rejet devant la Cour de cassation. Selon elle, les dégâts avaient pour origine une colonne montante située dans les parties communes. Elle soutient que le syndicat des copropriétaires en répond même sans faute, et que le tribunal n'a relevé aucune faute de la société à l'origine de tout le dommage.
- 18 décembre 2023Tribunal de proximité de Nogent-sur-Marne
Rend la décision contestée devant la Cour de cassation.
- 15 janvier 2026Cour de cassation, troisième chambre civile
Casse la décision attaquée.
- Tribunal judiciaire de Créteil
L'affaire y sera jugée de nouveau.
La Cour de cassation ne rejuge pas les faits. Elle vérifie que les juges ont bien appliqué la loi.
Ce que la Cour a décidé
Ce qu'il faut retenir
Le syndicat des copropriétaires est responsable, même sans faute de sa part, des dommages venus des parties communes et causés aux copropriétaires ou à d'autres personnes. Selon la Cour de cassation, il n'échappe à cette responsabilité qu'en prouvant une force majeure, ou une faute de la victime ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
La Cour de cassation casse le jugement du tribunal de proximité de Nogent-sur-Marne, qui est annulé en entier.
Elle applique l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965. Selon ce texte, le syndicat des copropriétaires est responsable des dommages causés aux copropriétaires ou à d'autres personnes, quand ils viennent des parties communes. La Cour parle d'une responsabilité de plein droit, qui existe même sans faute du syndicat des copropriétaires. Le syndicat des copropriétaires ne peut y échapper qu'en prouvant une force majeure, ou une faute de la victime ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
Le tribunal n'a pas recherché, alors que cela lui était demandé, si les dommages venaient des parties communes. Les raisons qu'il a retenues ne suffisent pas non plus à dégager le syndicat des copropriétaires de sa responsabilité. Que la société ait connu l'état de l'immeuble en l'achetant ne suffit pas. Que le syndicat des copropriétaires ait tout fait pour régler les problèmes, sans retard fautif ni négligence, ne suffit pas non plus.
L'affaire revient au point où elle en était avant ce jugement. Elle sera jugée de nouveau par le tribunal judiciaire de Créteil.
Prenons un exemple
Madame Leroy et la fuite des Acacias
Aux Acacias, Madame Leroy possède un appartement au premier étage. Une canalisation des parties communes passe le long de son mur.
- MarsCette canalisation fuit et abîme le mur et le plafond de Madame Leroy. Le syndic fait venir un plombier dès le lendemain, et la fuite est réparée.
- AvrilMadame Leroy demande au syndicat des copropriétaires de lui payer les 3 200 euros de remise en état. Au nom du syndicat des copropriétaires, le syndic refuse, parce qu'il a réagi vite et sans faute.
- JuinMadame Leroy saisit le juge. Celui-ci recherche d'abord si l'eau venait bien des parties communes, et c'est le cas.
- Plus tardLe syndicat des copropriétaires ne prouve ni force majeure, ni faute de Madame Leroy ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
Et après
Le syndicat des copropriétaires est donc responsable du dégât, même si le syndic a réagi vite et sans faute. Il doit indemniser Madame Leroy. Pour y échapper, le syndicat des copropriétaires aurait dû prouver une force majeure, ou une faute de Madame Leroy ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
Ce que cela change pour vous
Le copropriétaire
Si un dégât dans votre lot vient des parties communes, le syndicat des copropriétaires en est responsable, même sans faute de sa part. Il n'y échappe qu'en prouvant une force majeure, ou une faute de votre part ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage. S'il refuse de vous indemniser parce qu'il a tout fait pour régler le problème, ou parce que vous connaissiez l'état de l'immeuble en achetant, ces raisons ne suffisent pas à le dégager de sa responsabilité.
Le syndic et le conseil syndical
Le syndicat des copropriétaires répond d'un dommage venu des parties communes, même si les dégâts ont été traités sans retard fautif ni négligence. Pour y échapper, le syndicat des copropriétaires doit prouver une force majeure, ou une faute de la victime ou d'une autre personne ayant causé tout le dommage.
Le dossier de l'arrêt
Tout ce qui suit est recopié de l'arrêt ou calculé à partir de lui, sans réécriture.
Ce que la Cour a écrit
Cet arrêt n'est pas publié au Bulletin. La Cour de cassation n'en publie donc pas de résumé. Voici le passage de l'arrêt qui dit ce qu'elle juge.
Aux termes de ce texte, le syndicat des copropriétaires est responsable des dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers ayant leur origine dans les parties communes, sans préjudice de toutes actions récursoires.
Il en résulte que le syndicat des copropriétaires ne peut s'exonérer de sa responsabilité de plein droit qu'en rapportant la preuve d'une force majeure ou d'une faute de la victime ou d'un tiers ayant causé l'entier dommage.
Les textes appliqués
Les sources
Fiche établie à partir des données de la DILA, réutilisées sous licence ouverte. Explication relue en septembre 2026.
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